Comment croire au journalisme après Haïti ?

Posté le 26 janvier dans A chaud !, International
Le désastre en Haïti et la crise financière eurent le mérite de rappeler au monde
entier le rôle primordial des Etats. Après les tremblements financiers, les fonds publics renflouèrent les banques. Après le désastre du séïsme en Haïti, qui laissa ce peuple désemparé devant le trou béat laissé par leur Etat, les Occidentaux
débarquèrent d’urgence. En deux siècles d’indépendance, Haïti aura subit pas moins de quatre-vingt coups d’Etats. De fictif, l’Etat haïtien fut réduit à néant. Alors, à qui
s’adresser quand le gouvernement, hier absent, est aujourd’hui porté disparu ? Qui pour soigner les blessés, pour recenser les morts, pour reconstruire ? Et comment crier garde au respect de la souveraineté, quand celle-ci n’existe plus ? L’arrivée des secours et des ONG, faisant fît des autorisations préalables ; ou l’intervention militaire américaine
eurent donc l’effet d’un mal nécessaire. Rappelons qu’en cas d’extrême nécessité, les
Nations Unies (Chapitre VII de la Charte) autorisent « tous les moyens nécessaires pour instaurer aussitôt que possible des conditions de sécurité pour les opérations de secours humanitaire ». Le coeur du problème réside dans ce flou pragmatique entre intervention armée et assistance humanitaire, qui parfois s’entremèlent, sans que l’on sache si celle-ci est le prétexte de celle-là ou sa conséquence légitime.
Ces évènements mettent en lumière le rôle central des journalistes, confrontés à des choix quant aux moyens de traiter le désastre (montrer ou non toutes les images) et aux limites de leur métier.
Quel rapport entre l’embrasement médiatique après le séisme en Haïti, la skyzophrénie délirante des reporters envoyés à Copenhague et la succession d’analyses sur les causes de la crise ? À chaque fois, le flot d’informations est tel que plus personne n’y comprends rien. Marcel Gauchet, dans un
entretien au quotidien québécois Le Devoir, fait un constat lucide sur l’avenir du journalisme. Il dénonce cette surabondance d’informations qui
aboutit au brouillard médiatique : « On peut accéder à une masse extraordinaire de renseignements sur à peu près tout. Mais est-ce là l’unique
fonction des médias? Ne servent-ils qu’à transformer en information la substance du monde ? » L’information est plutôt ce qui nous aide à
comprendre le monde. La surabondance, au contraire, nous voile la réalité jusqu’à la masquer. De la rareté, l’information est devenue un flux gigantesque. Et conduit à une « despécification de la presse écrite », qui privilégiait autrefois la réflexion au commentaire bavard des « tous journalistes ».
Or l’essence de ce métier, c’est de trier, de vérifier, de hiérarchiser pour rendre intelligible cette réalité. Cette crise aboutira, selon Gauchet, à un retour au « professionalisme journalistique exigeant ». Enfin, celui-ci constate à quel point l’évolution du journalisme suit l’évolution de la société.
Au fond, l’attitude des gens dans nos démocraties consiste à se dire : « On ne peut pas grand-chose sur la scène publique, mais on a la scène privée.
Ils jettent un oeil de temps en temps sur le monde, mais ils ne comprennent plus rien ». Et s’en détournent.
Jérémy Collado

Le désastre en Haïti et la crise financière eurent le mérite de rappeler au monde entier le rôle primordial des Etats. Après les tremblements financiers, les fonds publics renflouèrent les banques. Après le désastre du séïsme en Haïti, qui laissa ce peuple désemparé devant le trou béat laissé par leur Etat, les Occidentaux

débarquèrent d’urgence. En deux siècles d’indépendance, Haïti aura subit pas moins de quatre-vingt coups d’Etats. De fictif, l’Etat haïtien fut réduit à néant. Alors, à qui s’adresser quand le gouvernement, hier absent, est aujourd’hui porté disparu ? Qui pour soigner les blessés, pour recenser les morts, pour reconstruire ? Et comment crier garde au respect de la souveraineté, quand celle-ci n’existe plus ? L’arrivée des secours et des ONG, faisant fît des autorisations préalables ; ou l’intervention militaire américaine eurent donc l’effet d’un mal nécessaire. Rappelons qu’en cas d’extrême nécessité, les Nations Unies (Chapitre VII de la Charte) autorisent « tous les moyens nécessaires pour instaurer aussitôt que possible des conditions de sécurité pour les opérations de secours humanitaire ». Le coeur du problème réside dans ce flou pragmatique entre intervention armée et assistance humanitaire, qui parfois s’entremèlent, sans que l’on sache si celle-ci est le prétexte de celle-là ou sa conséquence légitime. Ces évènements mettent en lumière le rôle central des journalistes, confrontés à des choix quant aux moyens de traiter le désastre (montrer ou non toutes les images) et aux limites de leur métier.

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Quel rapport entre l’embrasement médiatique après le séisme en Haïti, la skyzophrénie délirante des reporters envoyés à Copenhague et la succession d’analyses sur les causes de la crise ? À chaque fois, le flot d’informations est tel que plus personne n’y comprends rien. Marcel Gauchet, dans un entretien au quotidien québécois Le Devoir, fait un constat lucide sur l’avenir du journalisme. Il dénonce cette surabondance d’informations qui aboutit au brouillard médiatique : « On peut accéder à une masse extraordinaire de renseignements sur à peu près tout. Mais est-ce là l’unique fonction des médias? Ne servent-ils qu’à transformer en information la substance du monde ? » L’information est plutôt ce qui nous aide à comprendre le monde. La surabondance, au contraire, nous voile la réalité jusqu’à la masquer. De la rareté, l’information est devenue un flux gigantesque. Et conduit à une « despécification de la presse écrite », qui privilégiait autrefois la réflexion au commentaire bavard des « tous journalistes ».  Or l’essence de ce métier, c’est de trier, de vérifier, de hiérarchiser pour rendre intelligible cette réalité. Cette crise aboutira, selon Gauchet, à un retour au « professionalisme journalistique exigeant ». Enfin, celui-ci constate à quel point l’évolution du journalisme suit l’évolution de la société. Au fond, l’attitude des gens dans nos démocraties consiste à se dire : « On ne peut pas grand-chose sur la scène publique, mais on a la scène privée. Ils jettent un oeil de temps en temps sur le monde, mais ils ne comprennent plus rien ». Et s’en détournent.

Jérémy Collado


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